Au-delà des discours, le Conseil Ouest et Centre Africain pour la Recherche et le Développement Agricoles (CORAF) entend désormais passer à une approche structurée pour intégrer la nutrition dans la recherche agricole. Lors du lancement de l’atelier régional dédié à la validation de la stratégie et de l’outil d’évaluation de l’agriculture sensible à la nutrition à Lomé, le Dr Niéyidouba Lamien a clairement posé le cap : comprendre les réalités des institutions de recherche pour mieux agir.
Selon lui, la démarche du CORAF se distingue par son ciblage précis. « Il y a déjà beaucoup d’initiatives sur les questions administratives, mais la spécificité du CORAF, c’est de voir dans quelle mesure les institutions de recherche prennent en compte les considérations nutritionnelles dans leurs activités », a-t-il expliqué.
L’objectif est donc d’aller au cœur des systèmes de recherche-développement pour évaluer leur niveau réel d’intégration de la nutrition. « Nous allons faire une analyse situationnelle pour voir quelle est la situation actuelle dans les institutions de recherche : est-ce qu’elles prennent en compte ces considérations ? Est-ce qu’il y a des gaps ? Est-ce qu’il y a même la volonté ou la compréhension de l’enjeu ? », a détaillé le Dr Lamien.
Cette évaluation devrait permettre d’identifier plusieurs types de besoins. « Il y en a qui veulent bien faire, mais n’ont pas les moyens. D’autres manquent de formation, ou simplement d’information sur comment intégrer la nutrition dans leurs activités », a-t-il souligné. À cela s’ajoutent des contraintes de financement, d’accompagnement ou encore d’orientation stratégique.
Face à ces défis, le CORAF mise également sur le partage d’expériences entre acteurs. « Il y a des institutions qui ont surtout besoin de réseautage pour voir ce qui marche ailleurs, partager et apprendre », a-t-il indiqué, insistant sur la nécessité d’harmoniser les niveaux d’information au sein des pays membres.
Dans cette optique, l’élaboration d’indicateurs communs apparaît comme un levier clé. « Si nous avons des indicateurs communs, cela suppose des activités communes et donc un partage des bonnes pratiques », a-t-il affirmé.
Malgré les disparités observées entre les pays certains étant plus avancés que d’autres le constat reste globalement positif. « Tous les États sont d’accord sur l’importance d’intégrer la nutrition dans la recherche, les technologies et les innovations », a relevé le représentant du CORAF.
L’enjeu désormais est d’accompagner le passage à l’action. « Il faut aider les pays à traduire cela en stratégies concrètes, en lignes budgétaires, en mobilisation de ressources et en actions financées », a-t-il insisté, évoquant également la nécessité de capter davantage de partenaires techniques et financiers.
Enfin, le Dr Lamien a rappelé le sens profond de cette démarche : rapprocher les innovations des réalités nutritionnelles des populations.
« Quand vous voyez des enfants mal nourris alors qu’autour d’eux il existe des aliments riches en nutriments, c’est qu’il y a un problème d’information et de valorisation. Il faut que les communautés prennent conscience de ces ressources locales », a-t-il conclu.
À travers cette stratégie, le CORAF entend ainsi jouer un rôle de catalyseur : réveiller les dynamiques encore timides, renforcer celles déjà engagées et, surtout, faire de la nutrition un pilier incontournable de la recherche agricole en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Par Hector NAMMANGUE

