Alors que les projets extractifs et industriels se multiplient, la question de la justice environnementale s’impose avec force. Interrogé par vert-Togo lors de l’atelier de formation sur l’investigation environnementale organisé par Togo Reporting Post (TRP) à Atakpamé, Kwami Kpondzo, Directeur du Centre pour la Justice environnementale (CJE-Togo) appelle à une mobilisation collective pour défendre le droit des communautés.
La justice environnementale n’est pas seulement une affaire d’écologie, mais aussi une question fondamentale de droits humains. « C’est une question de justice sociale, de justice environnementale, de justice économique, et une question d’équité et de droit. Le droit des communautés, le droit des peuples autochtones, et les droits de la nature » explique-t-il.
Selon Kwami Kpondzo, la dégradation de l’environnement ne peut être dissociée de ses conséquences sur les populations, en particulier les plus vulnérables, qu’il convient de défendre. « La justice environnementale consiste à amener les dirigeants à comprendre que les projets extractifs, les projets de développement, non seulement dégradent l’environnement, mais aussi ont des impacts sur les peuples, les communautés locales, les peuples autochtones, et violent dangereusement les droits de ces communautés. »
Malgré quelques avancées comme la loi du 5 mai 2011, la lutte pour la justice environnementale reste ardue. Cette loi oblige les entreprises à participer au développement des collectivités où elles opèrent, constituant ainsi une première étape positive.
Par ailleurs, des pratiques alternatives telles que l’agroécologie et l’agriculture biologique gagnent progressivement du terrain au Togo, offrant une réponse durable face à l’agriculture industrielle fortement dépendante des engrais chimiques.
« C’est vrai qu’il n’y a pas assez de grands changements, mais On est sûr qu’on va au-delà de ces petites victoires aller vers les grandes victoires au Togo », indique-t-il.
Les défis et le rôle des médias
Intimidations, arrestations et pressions exercées par de puissants lobbies, la lutte pour la justice environnementale est semée d’embûches, selon l’expert. Face à ces défis, les médias ont un rôle crucial à jouer.
Les journalistes doivent aller au-delà du simple relais d’information. Ils sont appelés à enquêter sur les injustices environnementales, documenter les solutions, interroger les pratiques industrielles, et surtout mettre en lumière les impacts sur les populations.
Cela permet de révéler des vérités cachées, et surtout, de questionner les politiques publiques. « Le journaliste peut fouiller pour trouver les failles dans les politiques, surtout les politiques environnementales, les politiques de gouvernance », insiste l’expert. L’objectif est d’attirer l’attention des décideurs et exiger un équilibre entre développement économique et respect de l’environnement.
Des axes prioritaires d’investigation
Pollution des côtes liées aux activités minières, prolifération des engrais chimiques, fragilité de l’agriculture familiale face à l’agro-industrie, ou encore efficacité des politiques de protection des sols : autant de thématiques sur lesquels les professionnels de médias sont appelés à enquêter en profondeur, à informer avec rigueur et à jouer pleinement leur rôle de sentinelles face aux enjeux environnementaux.
En enquêtant, en donnant la parole aux victimes, en exposant les responsabilités, les médias deviennent ainsi un levier puissant pour restaurer la dignité des communautés et faire avancer un droit fondamental : celui de vivre dans un environnement sain.
Par Akissa Yotou ASSEWOUE de retour d’Atakpamé pour Vert-Togo

