Quelles sont les priorités de la 28ème Conférence des Parties sur le Climat de l’ONU (COP 28) qui se déroulera du 30 novembre au 12 décembre 2023 à Dubaï? Pourquoi le financement des pertes et préjudices fait-il débat ? Le coordonnateur régional Afrique du GNDR (Réseau mondial des organisations de la société civile pour la prévention des catastrophes.), M. Adessou Kossivi nous dit tout sur les enjeux de cette conférence sur les changements climatiques. Entretien !
Vert-Togo : Quels sont les principaux sujets qui seront à l’ordre du jour de la COP28, le prochain sommet international pour le climat qui se tiendra en décembre à Dubaï ?
Adessou Kossivi : Comme pour tous les sommets sur le climat, des sujets standards seront abordés. Ce qui fera la particularité de la CoP28 qui se tiendra à Dubaï du 30 Novembre au 12 Décembre, (tout en espérant une prolongation de 48h).
On discutera de la question de l’atténuation c’est-à-dire, les actions concrètes et stratégiques qui doivent faire baisser la quantité de gaz à effet de serre que les hommes à travers diverses actions, émettent dans la nature.
Aussi discutera-t-on de l’adaptation et des questions de pertes et dommages selon les termes de l’accord de Paris. Ces débats consisteront à réfléchir quant aux voies et moyens pour que les pays très exposés aux affres du changement climatique puissent absorber les chocs et réparer les dommages.
A la CoP28, deux questions à notre avis prendront le dessus des débats. Il s’agira de la gouvernance, les enjeux climatiques et les finances. En effet, le monde a besoin d’asseoir et de valider des modèles de gouvernance et déterminer, les financements, leur source, leurs attributions et si possible les bénéficiaires. C’est autour de ces questions en général que tourneront les débats à Dubaï.
Vert-Togo : Croyez-vous que la mise en œuvre du financement des pertes et préjudices trouvera un écho favorable lors de la COP28 ?Étant donné que John Kerry, l’envoyé spécial américain pour le climat, a remis de l’huile sur le feu ces derniers jours. Auditionné au Congrès sur ce fonds, il a indiqué que les États-Unis ne paieront pas de réparations aux pays en développement touchés par des catastrophes alimentées par le climat?
Adessou Kossivi : Cette position de M. Kerry n’est guère une surprise. Les américains en adoptant de telles positions semblent fourvoyer les travaux de plusieurs décennies et surtout narguer les pays les moins développés peu responsables du changement climatique mais victimes de ce phénomène.
Il est de toute évidence qu’au plan juridique l’accord pour les fonds et pour les arrangements financiers sont adoptés. Il faut aussi préciser que ces fonds ont des objectifs diversement interprétés par les acteurs selon qu’on est au Sud ou au Nord. Pour les premiers (sud) les fonds devraient permettre au mettre de lutter efficacement contre les pertes et dommages dus au changement climatique.
Pour les seconds, il s’agit d’un fonds qui doit permettre de mettre en place des mécanismes efficaces de gestion des pertes et dommages.
C’est un véritable défi et c’est là où il faut inviter toutes les parties à faire montre de réalisme de flexibilité et de diplomatie.
Mais au-delà de la question du fonds elle-même, il faut aussi régler la question de l’entité qui doit héberger le secrétariat du Réseau de Santiago sur les pertes et dommage. Rappelons que deux groupes dont UNDRR and the Carribean Development Bank, qui ont toutes deux candidater pour héberger le secrétariat.
Enfin toujours autour de ces fonds, il faut régler la question épineuse que l’entité qui devra héberger les fonds des pertes et préjudices. Là encore, le consensus n’a pas pu prévaloir. En témoignent les conclusions du de la troisième rencontre du comité de transition.
Pour nous autres de la société civile et des pays les moins avancés, cette position ne se veut pas être réaliste. D’ailleurs les négociations sur le climat sont le seul espace où les coupables sortent la tête haute et bien même décident de la sanction applicable à lui. Le coupable veut définir les conditions qui doivent entourer sa culpabilité.
Vert-Togo : La COP28 est annoncée comme la plus importante depuis celle qui a débouché sur l’Accord de Paris en 2015. Ce sommet verra le premier bilan mondial, une évaluation des progrès réalisés vers les objectifs de l’Accord de Paris. Êtes-vous du même avis ?
Adessou Kossivi : Aucune COP ne sera grande si elle n’apporte la preuve palpable d’engager des pays à réduire effectivement les émissions de gaz à effet de serre, principaux responsables du réchauffement climatique.
Les solutions qui sont promues surtout en matière d’adaptation ne sont pas toujours les plus en vue. Il va falloir s’éloigner de solutions « off-shore » qui ne font qu’empirer la situation déjà alarmante des communautés et des peuples.
La COP de Dubaï suscite beaucoup d’espoir et d’intérêt. Il me paraît à cet effet que les résultats qui en découleront, détermineront la survie des COP elles-mêmes et la confiance qui doit exister entre les pays développés et ceux en voie de développement.
Entretien réalisé par Hector NAMMANGUE

