L’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à un environnement sain demeure un pilier fondamental dans la prévention et le traitement des maladies tropicales négligées.
Cette réalité a été fortement rappelée ce vendredi 30 janvier 2025, dans le cadre du Forum des médias sur les maladies tropicales négligées lors d’une visite de terrain organisée avec des journalistes du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) au Centre de Dépistage, de Traitement et de Lutte contre la Lèpre et l’Ulcère de Buruli (CDTLUB) de Pobè, dans le département des Plateaux, au sud du Bénin, non loin de la frontière nigériane. Le centre est parrainé par la Fondation Raoul Follereau.
Sur place, une réalité s’impose : au-delà des soins médicaux, l’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à un cadre de vie assaini constitue un pilier essentiel pour le traitement efficace de ces maladies.
« L’eau et le savon, c’est la base »
Face aux journalistes, Delphin Degla, coordonnateur national de la lutte contre la lèpre et l’Ulcère de Buruli au Bénin , a insisté sur le rôle crucial de l’eau potable et de l’hygiène dans la lutte contre ces maladies invalidantes. « Il faut avoir accès au minimum à l’eau et au savon. L’eau potable et le savon, c’est la base », a-t-il martelé.
Selon lui, si certaines localités bénéficient aujourd’hui d’un meilleur accès à l’eau, d’autres restent confrontées à de fortes difficultés.
Pour le Dr Oswald Attolou, directeur du CDTLUB de Pobè, il ne peut y avoir de prise en charge efficace sans un minimum vital. « Il faut avoir accès au minimum à l’eau et au savon. L’eau potable et le savon, c’est la base », affirme-t-il sans détour.
[1]Dans certaines localités reculées, l’accès à l’eau demeure un défi. Pour y répondre, des initiatives sont mises en place avec l’appui de partenaires techniques, notamment pour la réalisation de forages. Ces points d’eau sont essentiels, non seulement pour les soins des patients, mais aussi pour prévenir les infections et éviter les rechutes, notamment dans le cas de l’ulcère de Buruli, qui nécessite un nettoyage régulier et rigoureux des plaies.
Le Dr Attolou établit également un lien clair entre changements climatiques, environnement et santé. « Aujourd’hui, il y a des localités qui ne connaissaient pas d’inondations et qui en connaissent désormais. Cette année, jusqu’au mois de janvier, nous avons enregistré des pluies, ce qui n’est pas normal dans notre pays », explique-t-il.
Eau, environnement et maladies : un lien étroit
La visite du centre a permis aux journalistes de mieux comprendre comment un mauvais entretien du cadre de vie, la stagnation des eaux et l’insalubrité constituent des facteurs favorisant l’apparition et la propagation de maladies telles que la lèpre et l’ulcère de Buruli.
[2]« Aujourd’hui, il y a des localités qui ne connaissaient pas d’inondations et qui en connaissent désormais », a expliqué Delphin Degla, pointant du doigt les effets visibles du changement climatique.
Des pluies inhabituelles, parfois jusqu’en janvier, bouleversent les cycles naturels et créent des environnements propices à la prolifération des agents pathogènes.
Dans ces zones, l’eau stagnante, les marécages mal entretenus et l’absence d’assainissement favorisent l’émergence de maladies qui, autrefois, étaient moins fréquentes en saison sèche. « S’il y a de l’eau et que les mares ou les zones insalubres ne sont pas entretenues, il est logique que les maladies apparaissent », a-t-il souligné.
Des mesures indispensables pour un traitement efficace
Au CDTLUB de Pobè, les mesures d’hygiène et d’assainissement ne sont pas seulement préventives : elles sont indispensables à l’efficacité des traitements.
Pour les patients atteints d’ulcère de Buruli, par exemple, le nettoyage régulier des plaies avec de l’eau propre réduit considérablement les risques d’infection et de complications. De même, un cadre de vie sain contribue à limiter la transmission de la lèpre et à améliorer la prise en charge globale des malades.
« Si la santé environnementale n’est pas bien entretenue, elle peut être à l’origine de nombreuses maladies », a rappelé le coordonnateur national.
L’approche « Une seule santé » comme réponse durable
Cette réalité justifie l’adoption croissante de l’approche « One Health » (Une seule santé), qui reconnaît le lien indissociable entre la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale.
« Si aujourd’hui on parle de santé humaine, animale et environnementale, ce n’est pas pour rien », a expliqué Delphin Degla, appelant à une collaboration étroite entre spécialistes de différents secteurs.
[3]Les exemples d’assainissement urbain montrent déjà des résultats encourageants. À Cotonou, certains quartiers autrefois insalubres ont été transformés grâce à des travaux d’assainissement, réduisant significativement les eaux stagnantes et, par ricochet, l’incidence de certaines maladies.
À Pobè, comme dans d’autres localités vulnérables, les autorités sanitaires plaident pour un renforcement des actions d’assainissement, d’accès à l’eau potable et de sensibilisation communautaire, afin de s’attaquer aux causes profondes des maladies tropicales négligées.
À travers cette visite de terrain, le REMAPSEN entend renforcer la compréhension des journalistes sur les liens entre environnement, climat et santé, afin de produire des contenus plus engagés et plus proches des réalités des communautés affectées.
Dans un contexte marqué par les dérèglements climatiques, l’amélioration de l’accès à l’eau potable et de l’assainissement apparaît plus que jamais comme une urgence sanitaire et environnementale, essentielle pour espérer éliminer durablement des maladies comme la lèpre et l’ulcère de Buruli.
Par Hector NAMMANGUE depuis Cotonou pour Vert-Togo

